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« LE DERNIER
ENDROIT OU LON REVE »
« Le stade est devenu le dernier endroit où
lon rêve. » Cette phrase si évocatrice
introduit le sujet intitulé « enjeu de société
» du séminaire organisé à Paris
sous légide de « Sciences Po »,
et que préside lun des plus remarquables
historiens de notre temps, René Remond, membre
de lAcadémie française.
Ce colloque, qui se poursuivra jusquen décembre,
devrait retenir lattention du Maire de la Ville
de Genève, Christian Ferrazino. A lécoute
de personnalités aux compétences intellectuelles
reconnues, il surmonterait, espère-t-on, ses préjugés.
Aveuglé par des querelles partisanes, il sest
profilé comme un adversaire résolu du Stade
de Genève. Il pousse des cris deffraies comme
si ce nétait pas un terrain de football mais
un Sex-Shop qui avait été construit à
la Praille. Bien quil admet ne pas connaître
grand-chose au ballon rond, le président de la
Ville de Zurich, Elmar Ledergerber fait montre dune
plus grande ouverture desprit. Dans une récente
interview accordée au quotidien « Tages-Anzeiger
», il le dit sans ambages : « Après
les cinémas, les matches de « foot »
sont les manifestations culturelles qui attirent le plus
grand nombre de spectateurs ! ».
La culture ne sarrête pas aux fastes de lopéra
ou au décor plus étriqué dun
théâtre subventionné. Elle englobe
aussi les manifestations sportives. Celles-ci font partager
des émotions diverses au plus grand nombre. Parmi
les spectateurs, qui se pressent dans les stades, tous
nont pas eu le privilège de mener des études
suffisantes pour goûter à |
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des plaisirs
artistiques raffinés. Un homme de gauche devrait
être sensible à cet aspect de la question.
Encore faut-il quil ait des racines prolétariennes.
Figure emblématique du Parti du Travail, dont il
fut le secrétaire général durant
de longues années, Armand Magnin, ancien Conseiller
National, était un spectateur assidu des Charmilles.
Il y retrouvait bien des camarades de lutte. Dans des
envolées oratoires improvisées, il savait
mieux que personne parler de limportance sociologique
dun stade dans une cité moderne.
A Genève, le signe le plus tangible dun retour
à la normale, après les fusillades sanglantes
du 9 novembre 1932 à la rue Dancet, ne fut-il pas,
quatre jours plus tard, la diversion apportée par
le derby Servette-Carouge en Coupe de Suisse ? Au cours
des cinq longues années de mobilisation sous le
« gris vert », entre 1939 et 1945, les joies
du stade procuraient un dérivatif bienvenu. Au
printemps 1940 aux Charmilles, le général
Henri Guisan assistait en personne au match qui opposait
la crème des footballeurs du pays sous les maillots
de la 1ère et de la 2è division de lArmée.
En France, laspect fédérateur du sport
est mieux perçu. Les municipalités nhésitent
pas à soutenir financièrement le club professionnel
de « foot » de leur cité. Quelles
soient de droite ou de gauche. Ainsi lorsquà
Saint-Etienne au début des années quatre-vingt,
les communistes se retrouvèrent aux commandes,
ils se gardèrent bien de remettre en cause le soutien
apporté aux « Vert ».
jd
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