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LA CHRONIQUE de Jacques Ducret
Janvier 2004
Le Football suisse : les mercenaires de l'Est européen

Le football suisse bouge, prend des risques, plonge dans l’inconnue. L’assemblée extraordinaire de la « Swiss Football League » s’est refusée à toute mesure dilatoire face aux bouleversements en cascade engendrés par les accords bilatéraux entre la Suisse et les pays membres de la Communauté Européenne. On pourrait même parler d’une reddition sans condition.

Ce n’est pas totalement innocent si le porte-parole de la « SFL » dans cette affaire n’était autre qu’un membre de Neuchâtel/Xamax. Vice-président du comité, Me Marco Zen Ruffinen n’a pu que réjouir Alain Pedretti, le repreneur du club, dans son vibrant plaidoyer : pas de salut hors de la libre circulation des personnes, abolition de toutes les entraves administratives en matière de qualification des joueurs issus de l’Union Européenne mais aussi des Etats membres de l’AELE. Théoriquement, rien n’empêchera désormais de puiser dans les centres de formation d’outre-Jura. De renforcer ainsi son effectif à bon compte. Ce raisonnement vient tout naturellement à l’esprit de tous ceux qui connaissent la situation du football d’élite dans l’Hexagone. De plus en plus de jeunes restent sur le carreau. Les clubs de L1 et de L 2 resserrent leur budget et leur contingent. Après quatre années d’apprentissage avec un statut précaire de stagiaire, la quasi majorité de ces garçons sont contraints de chercher de l’embauche en National (3e division) et même le plus souvent à l’échelon inférieur, en CFA 1 et 2.

La prospection auprès de ces laisser pour compte est hasardeuse. A moins d’un heureux hasard, il est difficile de croire qu’une formation de la « Super League » trouvera son bonheur dans ce type de recrutement. Elle se tournera plutôt vers un joueur qui a déjà l’expérience de la compétition de haut niveau.
Mais le haut de gamme à son prix. Entre 1996 et 2002, le salaire moyen du footballeur de la L1 française est passé de 20.000 euros mensuels environ à 40.000 euros. A titre de comparaison, il suffit de prendre le cas de l’attaquant Frédéric Née. Confiné sur le banc des réservistes à l’Olympique Lyonnais, il a accepté un transfert à Bastia où une place de titulaire lui était quasiment assurée. Ce bon choix sur le plan sportif l’a contraint à un véritable sacrifice financier. Entre les 91.000 euros mensuels qu’il touchait à Lyon et les 26.000 euros que lui verse le club corse, la différence est énorme. Toutefois même avec son salaire bastiais, Née trouverait difficilement preneur en Suisse. Seul le FC Bâle offre à ses joueurs des rémunérations de cet ordre.

L’afflux de mercenaires n’interviendra qu’après l’élargissement de la Communauté européenne, lorsque de l’Estonie à la Bulgarie, les footballeurs de l’Est, beaucoup moins exigeants en matière de rémunération, verront tomber toutes les barrières. Qui se souciera encore de formation au sein de la « Swiss Football League » ? La possibilité de se renforcer à bon marché primera toute autre considération. Le département technique de l’ASF, qui se flatte d’avoir obtenu d’excellents résultats ces dernières années, aura la tâche impossible. Confrontés à une concurrence toujours plus forte, les « sélectionnables », c'est-à-dire les Suisses, se feront de plus en plus rares. Aujourd’hui déjà, les meilleurs ont pris le chemin de l’étranger. Cette tendance va s’accentuer.

jd

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